Il a osé juger Netanyahou : les États-Unis l'ont effacé du monde numérique
Nicolas Guillou est juge français à la Cour pénale internationale (CPI). En novembre 2024, il a approuvé un mandat d'arrêt contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité à Gaza. La réponse de Washington a été immédiate et radicale. Inscrit sur la même liste que les terroristes d'Al-Qaïda et les cartels de la drogue, il s'est vu privé du jour au lendemain de tout moyen de paiement, de ses comptes en ligne, de ses emails, et même de la possibilité de réserver une chambre d'hôtel dans son propre pays.
Voici l'histoire d'un homme dont le cas révèle une vérité que peu d'Européens mesurent. Notre souveraineté numérique n'existe pas.
Prologue : le matin où le monde numérique s'est arrêté
Imaginez. Vous êtes chez vous, à La Haye, aux Pays-Bas. Vous sortez votre carte bancaire pour payer vos courses. Refusé. Vous essayez une autre carte. Refusée. Vous tentez de réserver un hôtel pour un déplacement professionnel en France. Douze heures plus tard, vous recevez un email. Votre réservation a été annulée. Vous voulez commander un livre sur Amazon. Impossible. Votre compte a été fermé. Vous cherchez à louer un appartement pour vos vacances sur Airbnb. Fermé aussi. Vous tentez de payer un ami via PayPal. Compte désactivé. Vous voulez regarder un film sur Netflix. Plus accessible. Votre mutuelle santé ne vous rembourse plus. UPS ne peut pas livrer de colis à votre nom.
Ce n'est pas le scénario d'un film dystopique. C'est le quotidien de Nicolas Guillou, juge français à la Cour pénale internationale (CPI), depuis le 20 août 2025. 1
« J'ai un peu l'impression de vivre dans les années 1990 », confie-t-il aux Échos. 2 « Lorsqu'on est mis sous sanction, il y a un effet de sidération. On se sent seul et complètement démuni », ajoute-t-il dans Le Figaro. 3
Aucune notification officielle ne l'a prévenu. Il a découvert les sanctions par lui-même, au fil des refus, en essayant de payer, de réserver, d'accéder à ses comptes. Et les conséquences continuent d'apparaître mois après mois. « Tous les mois, je découvre des nouvelles choses qui ne marchent pas parce qu'on n'a pas d'alternative », témoigne-t-il. 4
Ce qui lui arrive n'est pas un bug technique. C'est une décision politique prise à Washington. Et les conséquences, bien au-delà de son cas personnel, posent une question fondamentale pour chaque Européen, chaque entreprise, chaque État.
À qui appartient réellement notre vie numérique ?
I. Nicolas Guillou : un magistrat d'exception
Un homme de droit
Nicolas Guillou est né le 13 août 1975 à Vannes, en Bretagne, d'une mère avocate et d'un père ingénieur. 5 Après un master en droit pénal international à l'université Paris-I-Panthéon-Sorbonne, il intègre l'École nationale de la magistrature (ENM), dont il deviendra plus tard enseignant. 6
Sa carrière est celle d'un homme qui a consacré sa vie au droit international. Elle le mène des cabinets ministériels parisiens aux juridictions internationales les plus sensibles, en passant par un poste diplomatique à Washington.
De 2006 à 2009, il est juge au ministère français de la Justice. De 2009 à 2012, il devient conseiller auprès des ministres de la Justice et des Affaires étrangères, travaillant sous l'autorité de François Molins, alors directeur de cabinet du Garde des Sceaux, sur des dossiers parmi les plus sensibles de l'époque. « Nicolas Guillou est quelqu'un qui a su travailler avec sérénité, avec une forte colonne vertébrale », se souvient François Molins. 7
Un juge de liaison à Washington
De 2012 à 2015, Guillou occupe un poste stratégique. Il est juge de liaison aux États-Unis. Posté à Washington, il sert d'intermédiaire officiel entre les justices française et américaine. Ce poste lui donne une connaissance intime du système judiciaire américain. Il réalise un mémoire sur la prison de Guantanamo. Les autorités américaines lui donnent accès à cette enclave militaire ultrasecrète. 7
Cette expérience est cruciale. Guillou connaît les États-Unis de l'intérieur. Il sait comment fonctionne leur administration, leur justice, leur système de sanctions. Ce n'est pas un naïf ou un idéologue anti-américain.
De 2015 à 2019, il est chef de cabinet du président du Tribunal spécial pour le Liban, créé pour juger les responsables de l'assassinat de l'ancien Premier ministre Rafiq Hariri. Depuis 2019, il est juge international aux Chambres spécialisées pour le Kosovo, qui jugent les crimes graves commis pendant le conflit kosovar. 1
L'élection à la CPI
En 2023, il est élu juge à la Cour pénale internationale. Il prête serment en mars 2024 et s'installe à La Haye. 8
C'est un homme que ses collègues décrivent comme « un esprit très intelligent et profondément ouvert, capable d'entrer immédiatement en dialogue avec des cultures juridiques différentes », « mesuré, à l'écoute, jamais idéologique ». 7 Grand amateur de musique classique et de kayak dans le golfe du Morbihan, il rentre plusieurs fois par an en Bretagne. 7
Le mandat d'arrêt contre Netanyahou
Le 21 novembre 2024, la Chambre préliminaire I de la CPI émet des mandats d'arrêt contre Benjamin Netanyahu, Premier ministre israélien, et Yoav Gallant, son ministre de la Défense, pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité commis dans la bande de Gaza. 9 Nicolas Guillou est l'un des trois juges qui approuvent cette décision. Il n'a fait qu'appliquer le droit.
« Il ne s'agit pas d'une prise de position politique. C'est une décision de justice, fondée sur des preuves et sur le droit international humanitaire. Les juges de la CPI ne choisissent pas leurs dossiers. Ils appliquent le Statut de Rome », rappelle-t-il. 10
Le crime de Nicolas Guillou, aux yeux de Washington, est d'avoir fait son métier.
En août 2025, son nom est inscrit sur la liste SDN (Specially Designated Nationals) de l'Office of Foreign Assets Control (OFAC), une liste d'environ 15 000 personnes physiques et morales sanctionnées par les États-Unis. 1112 Cette liste inclut des membres d'Al-Qaïda, des cartels de la drogue sud-américains, et Vladimir Poutine. 13
II. Le mécanisme de l'effacement : comment l'OFAC verrouille une vie
L'OFAC, une arme économique totale
Les sanctions américaines sont appliquées par l'Office of Foreign Assets Control (OFAC), une agence du Département du Trésor américain. Conçue pour lutter contre le terrorisme et le narcotrafic, cette machine administrative s'est transformée en arme de pression politique d'une redoutable efficacité.
L'OFAC tient à jour une liste de personnes et d'entités sanctionnées : la liste SDN. Y figurer déclenche automatiquement un ensemble de mesures dévastatrices. 14
Quand une personne est placée sous sanctions, les conséquences sont triples :
- Interdiction de territoire américain pour la personne concernée, son conjoint et ses enfants.
- Gel des avoirs aux États-Unis.
- Interdiction de fournir des services, ce qui est le volet le plus dévastateur.
L'extraterritorialité, clé de la puissance américaine
Le troisième point mérite qu'on s'y arrête. Il interdit à toute personne physique ou morale américaine, y compris leurs filiales à l'étranger, de fournir des services à une personne sous sanctions, que ce soit à titre onéreux ou à titre gratuit. 12
Traduction concrète :
- Visa et Mastercard sont des entreprises américaines. Leurs réseaux doivent refuser toute transaction impliquant Nicolas Guillou.
- Amazon, Airbnb, PayPal, Netflix, Expedia, Booking sont des entreprises américaines. Elles doivent fermer ses comptes.
- Toute banque européenne qui utilise le dollar américain ou dispose d'une filiale aux États-Unis est tenue de respecter ces sanctions, sous peine de poursuites et d'amendes colossales.
- Les proches de nationalité américaine (conjoint, enfants) s'exposent à des poursuites pénales pouvant aller jusqu'à 20 ans de prison s'ils fournissent le moindre service à la personne sanctionnée. 1215
La sur-conformité : quand les entreprises européennes se sanctionnent elles-mêmes
Le plus inquiétant est peut-être le phénomène de sur-conformité (over-compliance). Des entreprises européennes qui ne sont pas juridiquement tenues de respecter les sanctions américaines les appliquent volontairement, par prudence ou par crainte des représailles.
C'est le cas de la mutuelle santé AXA et de MSH International, des sociétés françaises, qui ont cessé de rembourser Guillou. 4 C'est aussi le cas de banques de la zone euro qui ferment les comptes d'autres magistrats de la CPI. 16 Comme le résume Guillou : « On arrive globalement dans un système qui se rapproche d'un régime autoritaire. » 4
La sur-conformité est peut-être l'aspect le plus pernicieux du système. Les entreprises américaines sont contraintes par la loi. Les entreprises européennes, elles, choisissent de se conformer par peur. C'est une soumission volontaire.
Comme le résume Nicolas Guillou lui-même : « En pratique, le pouvoir exécutif américain peut exclure n'importe quel citoyen européen du système bancaire et de l'espace numérique de son propre pays. » 15
III. La vie quotidienne détruite : 27 accès coupés
Paiements et banque
Les conséquences pour Nicolas Guillou sont totales et touchent tous les domaines de la vie. Voici le relevé exhaustif, domaine par domaine, de ce qu'il a perdu :
Banque et paiements :
- Sa carte Visa a été retirée par sa banque française. 3
- Sa carte Mastercard est inutilisable. 14
- PayPal : compte fermé. 12
- Son compte bancaire est restreint. Impossible d'effectuer des opérations hors zone euro, interdit bancaire « sur une bonne partie de la planète ». 16
- Aucun moyen de paiement électronique disponible, même si le compte bancaire reste ouvert. 14
- Un achat de billets de concert à l'Olympia a été bloqué parce qu'un intermédiaire américain (StubHub ou Ticketmaster) était impliqué. 4
Services numériques personnels :
- Gmail : compte fermé. 4
- Compte Microsoft personnel : fermé (Outlook, OneDrive). Tous ses documents, fichiers et photos de famille sont devenus inaccessibles. 4214
- Compte Apple : fermé. 4
- Amazon : compte fermé. 12
- Airbnb : compte fermé. 12
- Booking : compte fermé. 1714
- Expedia : il réserve une chambre d'hôtel en France, la réservation est annulée douze heures plus tard. 14
- Netflix : inaccessible. 43
Assurance et santé :
- Sa mutuelle santé AXA / MSH International (société française) a cessé de le rembourser, par sur-conformité aux sanctions américaines. 4
Logistique et transport :
- UPS ne peut pas livrer de colis à son nom. 3
- Impossible de prendre l'avion sans passer par des contrôles renforcés ou se voir refuser l'embarquement si la compagnie est américaine ou utilise des systèmes de réservation américains. 14
Vie quotidienne et familiale :
- Ses proches de nationalité américaine sont sous menace pénale. 1215
- Ses enfants sont privés de la possibilité d'étudier ou de travailler aux États-Unis. 14
- Il ne peut plus animer de formations aux États-Unis, notamment à l'Institut de droit international de Washington où il intervenait régulièrement. 7
Des conséquences qui s'accumulent dans le silence
Personne n'a notifié Guillou de l'entrée en vigueur des sanctions. Il les a découvertes par lui-même, au fil des refus. 18 Et les conséquences continuent d'apparaître mois après mois. « Ma vie personnelle est devenue un laboratoire de la perte de souveraineté numérique », confie-t-il. 4
Aucun recours n'existe en Europe pour contester ces décisions. Les sanctions OFAC ne relèvent d'aucune juridiction européenne. Les entreprises américaines ou leurs filiales n'ont pas à se justifier devant un tribunal français. 16
L'absence de recours juridique
Nicolas Guillou a saisi la justice française. Il a déposé un référé-liberté devant le tribunal administratif de Paris, invoquant une atteinte grave à ses droits fondamentaux. Résultat : le tribunal s'est déclaré incompétent pour connaître des actes d'un État étranger. 19
C'est un moment de vérité juridique. Un citoyen français, vivant en Europe, travaillant pour une organisation internationale basée en Europe, ne peut obtenir justice devant un tribunal européen lorsqu'un État étranger le prive de ses moyens d'existence numériques et bancaires. La souveraineté juridique européenne s'arrête là où commence le dollar.
IV. La CPI elle-même sous tutelle américaine
L'affaire Guillou n'est que la partie émergée de l'iceberg. La CPI elle-même, en tant qu'institution, était profondément dépendante des services Microsoft.
Le procureur Khan privé d'email
En février 2025, avant même les sanctions visant Guillou, le procureur général Karim Khan a perdu l'accès à sa messagerie Microsoft. 20 Son compte Outlook a été suspendu après que Trump a signé un décret de sanctions contre la CPI. 21 Microsoft a d'abord nié avoir « coupé les services », avant de reconnaître la « déconnexion de l'utilisateur sanctionné des services Microsoft ». 22 Khan a dû migrer vers Proton Mail, un fournisseur suisse crypté, pour retrouver un accès email. 20
Des preuves pénales stockées chez Microsoft
Mais le plus grave est ailleurs. La CPI avait confié l'intégralité de ses preuves numériques au cloud Microsoft Azure, dans le cadre du projet « Harmony », un contrat d'1,2 million de dollars par an. 23 Comme le confiait un responsable de la CPI au Guardian : « Nous stockons essentiellement toutes nos preuves dans le cloud. » Si Azure était coupé, les enquêtes seraient paralysées. 24
Imaginez les conséquences. Des enquêtes pour crimes de guerre, crimes contre l'humanité, génocide. Des témoignages de victimes. Des preuves médico-légales. Des analyses ADN. Des relevés téléphoniques. Des images satellite. Tout cela stocké sur les serveurs d'une entreprise américaine, potentiellement accessible aux autorités américaines, et vulnérable à une simple décision de l'OFAC.
La dépendance de la CPI à Microsoft n'était pas un détail technique. C'était une faille de sécurité existentielle.
openDesk : la migration vers la souveraineté
La menace était si réelle qu'en octobre 2025, la CPI a annoncé le remplacement de Microsoft 365 par openDesk, une suite open source allemande. Développée par ZenDiS (Centre pour la souveraineté numérique), openDesk regroupe Collabora Online, Open-Xchange et Nextcloud. 25 La migration concerne 1 800 postes de travail. 26
Le message est clair : une cour internationale basée en Europe ne peut pas dépendre d'infrastructures américaines pour mener ses enquêtes.
Mais cette migration arrive tard. Six hauts responsables de la CPI ont déjà quitté l'institution par crainte des sanctions. 20
Le précédent de 2020
Ce n'est pas la première fois que les États-Unis sanctionnent la CPI. En juin 2020, sous le premier mandat de Donald Trump, le procureur Fatou Bensouda et un haut fonctionnaire avaient déjà été placés sous sanctions pour avoir ouvert une enquête sur des crimes de guerre présumés commis par des soldats américains en Afghanistan. 27 Ces sanctions ont été levées en avril 2021 par l'administration Biden. 28
La différence fondamentale entre 2020 et 2025 est l'état de la dépendance numérique. En 2020, la CPI n'avait pas encore confié l'intégralité de ses preuves au cloud Microsoft. En 2025, elle était devenue prisonnière de son propre fournisseur. La vulnérabilité n'a fait que croître.
V. Une arme rodée : l'histoire des sanctions extraterritoriales
Le cas Guillou n'est pas un accident. Il s'inscrit dans une longue série de précédents qui montrent que les sanctions économiques américaines sont devenues une arme de guerre économique et politique systématique.
La chasse aux banques françaises
Entre 2014 et 2020, les banques françaises et européennes ont payé plus de 20 milliards de dollars d'amendes aux autorités américaines pour des violations de sanctions. 29 La méthode est toujours la même.
BNP Paribas (2014) : La banque française a plaidé coupable et payé 8,9 milliards de dollars d'amende pour avoir traité des transactions en dollars avec des entités soudanaises, cubaines et iraniennes. 30 La banque a été contrainte de suspendre temporairement certaines activités de financement en dollars. Plusieurs de ses cadres ont dû quitter l'entreprise.
Crédit Agricole (2015) : 787 millions de dollars d'amende pour des violations similaires. 31
Société Générale (2018) : 1,4 milliard de dollars d'amende. 32
Ces amendes ont eu un effet dissuasif immédiat sur l'ensemble du secteur bancaire européen. Les banques ont mis en place des systèmes de conformité extrêmement stricts, souvent plus stricts que la loi ne l'exige. C'est la sur-conformité institutionnalisée. Le message est passé : toucher au dollar, c'est toucher au feu.
Le système SWIFT, arme de guerre
En 2022, après l'invasion de l'Ukraine, les États-Unis et l'Union européenne ont exclu plusieurs banques russes du système SWIFT. Plus de 300 milliards de dollars de réserves de la banque centrale russe ont été gelés. 33 Ce n'était pas une sanction ordinaire. C'était la démonstration que le système financier mondial est une arme.
SWIFT est une coopérative belge, théoriquement neutre. Mais la domination du dollar dans les échanges internationaux rend sa neutralité illusoire. Les Européens ont suivi la décision américaine, révélant une absence totale d'autonomie stratégique dans le domaine financier. Ce qui a été fait à la Russie peut être fait à n'importe quel pays. 34
La loi Helms-Burton et l'embargo cubain
La loi Helms-Burton (1996) est un autre exemple d'extraterritorialité américaine. Elle permet à des citoyens américains de poursuivre en justice des entreprises étrangères qui « trafiquent » des biens confisqués à Cuba. En 2019, l'administration Trump a activé le Titre III de cette loi, exposant des entreprises européennes (hôtels, compagnies aériennes) à des poursuites aux États-Unis. 35
L'embargo iranien
Les sanctions américaines contre l'Iran ont contraint des dizaines d'entreprises européennes à quitter le marché iranien, y compris lorsque l'Union européenne les encourageait à rester. Total, Airbus, Peugeot, Renault, Siemens : toutes ont dû se retirer, sacrifiant des marchés pour préserver leur accès au système financier américain. 36
La liste des précédents est longue
Ce qui arrive à Guillou aujourd'hui est arrivé à des banques, à des entreprises, à des pays entiers. La mécanique est toujours la même. L'arme est toujours la même : l'accès au dollar et au système financier américain.
Mais il y a une différence cruciale. Les précédents visaient des entités collectives (banques, États). Guillou est un individu. Et la punition n'est pas une amende. C'est l'exclusion totale du monde numérique.
Du jamais vu à cette échelle contre un particulier.
VI. La dépendance européenne en chiffres
Sous hégémonie américaine
La situation de Nicolas Guillou n'est pas un cas isolé. C'est le symptôme d'une dépendance systémique de l'Europe entière. Les chiffres parlent d'eux-mêmes.
Les paiements
69 % des transactions par carte en zone euro passent par Visa ou Mastercard. 37 Ces deux entreprises, régies par le droit américain, peuvent être contraintes de bloquer des transactions sur simple décision de l'OFAC.
Treize pays de la zone euro (dont les Pays-Bas, l'Irlande, l'Espagne et l'Autriche) dépendent entièrement des systèmes internationaux pour les paiements par carte. Ils n'ont aucun système national de repli. 38
La France fait figure d'exception relative avec le système CB (Carte Bancaire). Mais même CB est adossé à Visa pour les transactions internationales. Et de nombreuses banques françaises délivrent des cartes co-brandées Visa ou Mastercard, qui sont donc des produits américains.
Apple Pay et Google Pay, les deux solutions de paiement mobile les plus utilisées, sont également américaines. 37
Le cloud
Le marché mondial du cloud est dominé par trois acteurs américains :
- Amazon Web Services (AWS) : environ 34 % du marché mondial.
- Microsoft Azure : environ 23 %.
- Google Cloud Platform (GCP) : environ 11 %. 50
Le premier acteur européen est l'Allemand SAP, loin derrière. L'OVHcloud français, premier acteur français du cloud, pèse environ 0,66 % du marché mondial. 39
Un rapport sénatorial français de 2024 confirme que 60 % des données des entreprises françaises sont hébergées chez des acteurs non-européens. 40
Les systèmes d'exploitation et l'identité numérique
Les systèmes d'exploitation mobiles sont un duopole américain : Android (Google) et iOS (Apple). Ensemble, ils contrôlent plus de 99 % du marché mondial des smartphones. 51
L'identité numérique est également sous contrôle américain. Google Sign-In, Facebook Connect, Apple ID, Microsoft Account : ce sont les « passeports numériques » de l'ère moderne. Sans eux, impossible d'accéder à des centaines de services.
Les emails
Gmail, Outlook et Yahoo contrôlent plus de 80 % du marché mondial des messageries web. Aucun fournisseur européen (Infomaniak, Proton Mail, OVHcloud) ne dépasse 2 % de part de marché. 52
Aucun équivalent européen
Le constat est implacable. L'Europe ne dispose d'aucun équivalent :
- Aucun hyperscaler cloud : pas d'AWS, d'Azure ou de GCP européen.
- Aucun réseau de cartes capable de concurrencer Visa et Mastercard à l'échelle mondiale. Wero est en construction.
- Aucun OS mobile : Android et iOS règnent sans partage.
- Aucun store d'applications alternatif capable de rivaliser avec le Play Store et l'App Store.
- Aucun fournisseur de messagerie dominant en Europe.
La dépendance comme arme
La dépendance de l'Europe est si profonde, si structurelle, qu'elle constitue une arme de coercition permanente entre les mains des États-Unis. En août 2025, un simple communiqué de l'OFAC a suffi à effacer un citoyen français de la vie numérique. Aucune loi, aucun traité, aucune institution européenne n'a pu l'en protéger.
VII. L'effet glaçant : l'autocensure comme arme de silence
Le risque pour la démocratie
Au-delà de la gêne quotidienne, Nicolas Guillou pointe un risque plus profond, peut-être le plus dangereux : celui de l'autocensure.
Le mécanisme est simple. La sanction n'a pas besoin d'être appliquée pour être efficace. Il suffit qu'elle soit possible.
Si demain, un élu européen, un magistrat, un journaliste d'investigation, un lanceur d'alerte sait qu'une décision qu'il s'apprête à prendre peut lui valoir d'être radié du système bancaire et numérique mondial, quelle décision prendra-t-il ?
« Il y a un risque d'autocensure parmi les représentants des autorités politiques ou judiciaires », analyse le juge. « Des élus ou des magistrats pourraient renoncer à prendre certaines décisions par crainte de représailles. » 14
Thierry Breton, deuxième cible
Le cas Guillou n'est pas isolé. En décembre 2025, Thierry Breton, ancien commissaire européen chargé du Marché intérieur et du Numérique, a lui aussi été visé par une mesure de restriction de visa (interdiction de séjour) par Washington. 41 Ancien ministre de l'Économie français et ancien PDG d'Atos, Breton avait piloté le dossier du Digital Services Act (DSA) et du Digital Markets Act (DMA), deux règlements européens qui encadrent strictement les géants américains du numérique.
Si la nature de la sanction diffère de celle de Guillou (restriction de visa vs sanctions OFAC), la logique est la même : toute personne qui, depuis l'Europe, prend une décision contraire aux intérêts américains peut être réduite au silence numérique et bancaire.
L'effet dissuasif sur la justice internationale
Les conséquences se mesurent déjà. Six hauts responsables de la CPI ont quitté l'institution par crainte des sanctions. 20 Si les juges chargés de juger les crimes les plus graves de la planète peuvent être ainsi intimidés, que reste-t-il de la justice internationale ?
Le mécanisme d'autocensure est particulièrement vicieux parce qu'il est invisible. On ne peut pas mesurer les décisions qui n'ont pas été prises, les enquêtes qui n'ont pas été ouvertes, les mandats d'arrêt qui n'ont pas été émis par crainte de représailles.
Un précédent pour le monde entier
La stratégie américaine de sanctions extraterritoriales transforme chaque Européen en otage potentiel de la politique étrangère américaine. Le message envoyé par le cas Guillou dépasse largement le cadre de la CPI. Il s'adresse à tous ceux qui pourraient, un jour, prendre une décision que Washington désapprouve.
C'est un basculement majeur. Les sanctions, conçues à l'origine pour lutter contre le terrorisme et les dictatures, deviennent un instrument de pression politique contre des magistrats, des élus et des fonctionnaires de pays alliés.
VIII. L'illusion réglementaire : ce que l'Europe n'a pas fait
Le RGPD : un paratonnerre qui n'arrête pas l'orage
Le Règlement général sur la protection des données (RGPD), en vigueur depuis 2018, est souvent présenté comme la grande réussite de la souveraineté numérique européenne. Il donne aux citoyens européens des droits sur leurs données personnelles : droit d'accès, de rectification, d'effacement, de portabilité. Il impose aux entreprises des obligations strictes. Il menace des amendes pouvant atteindre 4 % du chiffre d'affaires mondial.
C'est une avancée réelle. Personne ne le conteste. Mais le cas Nicolas Guillou en révèle brutalement les limites.
Le RGPD protège vos données. Il ne protège pas votre accès aux services qui les hébergent.
Quand Amazon ferme le compte de Nicolas Guillou, le RGPD n'a rien à dire. La loi américaine (les sanctions OFAC) l'emporte sur le règlement européen, et Amazon n'a pas besoin de « traiter illégalement » ses données. Elle peut parfaitement les conserver, les exporter, ou les supprimer conformément à sa politique de fermeture de compte.
Quand Visa bloque ses transactions, le RGPD n'intervient pas. Le problème n'est pas la protection des données. C'est la continuité de service, un domaine que le RGPD n'aborde pas.
Le droit à la portabilité des données (article 20) ? Nicolas Guillou pourrait techniquement demander l'export de ses emails Gmail. Mais vers quoi ? Vers quel service européen ? Et à quoi bon exporter ses données si plus aucun service ne l'accepte comme client ?
Le règlement de blocage : une loi qui ne sert à rien
L'Union européenne dispose d'un « règlement de blocage » (règlement 2271/96), conçu précisément pour protéger les citoyens et entreprises européennes contre l'extraterritorialité des sanctions américaines. 42 Adopté en 1996 pour contrer la loi Helms-Burton, il interdit aux entreprises européennes de se conformer à certaines lois américaines et les autorise à réclamer des dommages et intérêts.
Ce règlement n'a pas été activé dans le cas de Nicolas Guillou.
Il ne l'a jamais été, dans aucun cas.
L'eurodéputée Chloé Ridel (Place Publique / S&D) dénonce : « Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission, bloque. Cela révèle une faiblesse incroyable de l'Union européenne face aux États-Unis. On laisse fragiliser une cour basée en Europe. » 7
Le trou dans la raquette réglementaire
La stratégie européenne en matière de numérique repose sur trois piliers :
- Protection des données (RGPD).
- Régulation des plateformes (DSA / DMA, Digital Services Act, Digital Markets Act).
- Sécurité numérique (NIS2, Cyber Resilience Act).
Aucun de ces textes n'aborde la question de la dépendance aux infrastructures critiques américaines. Un Européen peut avoir tous les droits du monde sur ses données. Si le fournisseur américain qui les héberge peut fermer son compte sur simple décision de l'OFAC, ces droits ne valent rien.
C'est comme si la loi vous donnait le droit de posséder une voiture, mais que le constructeur pouvait à tout moment en désactiver le moteur à distance sur ordre d'un gouvernement étranger.
Le piège de la conformité
Pire encore : le RGPD a créé une illusion de sécurité qui a freiné les investissements dans l'autonomie numérique. Les entreprises européennes se sont rassurées en pensant « nous sommes en conformité RGPD, nos données sont protégées ». Elles ont continué à migrer vers le cloud américain, à adopter les SaaS américains, à dépendre des paiements américains, sans se demander ce qui se passerait si l'accès à ces services était coupé.
Le RGPD traitait un symptôme (la collecte abusive de données). Le problème réel, la dépendance à des infrastructures contrôlées par une puissance étrangère, n'a pas été traité.
Ce qu'aurait dû faire l'Europe
Une lettre d'Emmanuel Macron à Donald Trump en février 2026. C'est la seule réponse politique de la France au cas Guillou. 14 Le juge en a appris l'existence sans en avoir été informé au préalable.
Une lettre. À un président qui a placé neuf magistrats sur une liste avec Al-Qaïda et les narcotrafiquants.
Ce n'est pas à la hauteur de l'enjeu.
IX. Ce que cela signifie pour vous, citoyen
Vous êtes aussi vulnérable que Nicolas Guillou
Si vous lisez cet article, il y a de fortes chances que vous utilisiez :
- Gmail pour vos emails (personnels et professionnels).
- Google Drive ou iCloud pour vos documents et photos.
- WhatsApp ou Messenger pour vos conversations.
- Google Maps pour vos déplacements.
- Visa ou Mastercard pour payer.
- Un smartphone Android ou Apple pour tout cela.
Vous êtes exactement aussi vulnérable que Nicolas Guillou. La seule différence entre vous et lui, c'est que les États-Unis n'ont pas (encore) de raison de vous sanctionner.
Votre identité numérique ne vous appartient pas
Votre compte Google ou Apple est aujourd'hui votre passeport numérique. Il vous sert à vous connecter à des centaines de sites et d'applications. Il contient vos emails, vos photos, vos documents, votre historique, vos abonnements.
Si ce compte venait à être fermé ou suspendu, que se passerait-il ?
- Perte d'accès à vos emails.
- Perte de vos photos de famille stockées dans le cloud.
- Perte de vos documents professionnels et personnels.
- Impossibilité de vous connecter aux sites liés à ce compte.
- Perte de vos achats numériques (applications, musique, films).
La double peine bancaire
Les banques françaises et européennes sont de plus en plus exigeantes en matière de double authentification. Pour valider une opération, elles envoient un SMS, utilisent une application bancaire sur smartphone, ou exigent une validation via un lecteur de carte.
Ces mécanismes reposent tous sur des technologies contrôlées par des entreprises américaines : systèmes d'exploitation mobiles Android et Apple, stores d'applications Play Store et App Store, réseaux de télécommunications dont les équipements sont majoritairement non-européens.
La plupart des banques imposent désormais le smartphone pour ouvrir un compte, utiliser leur service, ou valider des opérations sensibles. Sans smartphone fonctionnel ni connexion aux stores Apple ou Google, vous êtes exclu du système bancaire moderne.
Windows 11 : votre ordinateur ne vous appartient plus
Depuis octobre 2025, Microsoft a franchi un nouveau palier dans le verrouillage de son écosystème. Il n'est plus possible de créer un compte local lors de l'installation de Windows 11 dans les éditions grand public. 43 La commande « BypassNRO » qui permettait de contourner l'obligation de connexion à un compte Microsoft a été supprimée. 44
Conséquence : chaque nouvel utilisateur de Windows 11 doit obligatoirement créer ou utiliser un compte Microsoft. Soit 1,4 milliard de personnes concernées. 45 Ce compte est la clé qui déverrouille l'intégralité de l'écosystème : Windows, Office, OneDrive, Outlook, Xbox.
Mais le piège est plus subtil encore. Par défaut, Windows 11 redirige vos dossiers « Mes documents », « Images » et « Bureau » vers OneDrive, le cloud de Microsoft. 46 Ce que vous croyez sauvegarder en local sur votre disque dur est en réalité synchronisé, et parfois stocké exclusivement, sur les serveurs de Microsoft. La fonction « Sauvegarde des dossiers » est activée par défaut lors de l'installation.
Traduction concrète : si votre compte Microsoft est suspendu, pour quelque raison que ce soit, y compris des sanctions politiques, vous ne perdez pas seulement l'accès à votre messagerie Outlook. Vous perdez aussi l'accès à vos documents, vos photos de famille, vos fichiers de travail, que vous pensiez avoir « sur votre ordinateur ».
C'est le même mécanisme que le compte Google ou iCloud, mais avec une couche supplémentaire d'opacité : l'utilisateur moyen n'a aucun moyen de savoir où sont réellement stockés ses fichiers.
L'État français lui-même est dépendant
Les services publics français sont aujourd'hui presque tous dématérialisés : France Identité, impots.gouv.fr, Ameli, Mon Compte Formation, Carte Vitale numérique, Parcoursup. Tous nécessitent un smartphone et/ou une adresse email. Beaucoup sont hébergés sur des clouds américains (AWS, Azure, Google Cloud). 47
En 2021, la mission d'information sur le Cloud Act au Sénat français alertait déjà : les données des citoyens français hébergées sur des clouds américains sont potentiellement accessibles aux autorités américaines, sans que la France ou l'Union européenne puissent s'y opposer. 48
X. Ce que cela signifie pour les entreprises
La dépendance B2B
Les entreprises européennes sont encore plus dépendantes que les particuliers. Leurs outils de travail sont presque tous américains :
- Cloud et SaaS : AWS, Azure, Google Cloud, Salesforce, Slack, Microsoft 365, Notion.
- Paiements B2B : Visa, Mastercard, PayPal, Stripe.
- Transport et logistique : UPS, FedEx.
- Régie publicitaire : Google Ads, Meta Ads.
- Réseaux sociaux professionnels : LinkedIn (Microsoft).
- Messagerie professionnelle : Outlook, Gmail.
Le scénario catastrophe
Imaginez que votre entreprise soit, volontairement ou non, placée sous sanctions américaines. Peut-être parce que vous travaillez avec un client ou un fournisseur qui l'est. Peut-être parce qu'un de vos dirigeants a pris une décision que Washington désapprouve.
- Vos comptes bancaires professionnels deviennent inutilisables.
- Vos services cloud sont suspendus.
- Vos emails professionnels sont bloqués.
- Vos campagnes publicitaires Google et Meta s'arrêtent.
- Vos outils SaaS (Salesforce, Slack, Notion) ne répondent plus.
Votre entreprise s'arrête. En quelques heures.
Ce n'est pas de la science-fiction. C'est exactement ce qui arrive à Nicolas Guillou, mais à l'échelle individuelle. Transposez à une PME, une ETI, une grande entreprise. La seule chose qui protège les entreprises européennes aujourd'hui, c'est que les États-Unis ne les ont pas encore ciblées.
Le risque de contamination
Le mécanisme de sanctions ne se limite pas à la personne physique visée. Il contamine tout son écosystème. Un fournisseur, un client, un partenaire qui se trouve sous sanctions peut entraîner avec lui toute sa chaîne de valeur.
Les banques, par sur-conformité, ferment les comptes de toute personne ou entreprise liée de près ou de loin à une personne sanctionnée. Le risque de « contamination » est une menace existentielle pour toute entreprise européenne qui opère dans un secteur régulé.
XI. Reprendre le contrôle : des solutions existent
Nicolas Guillou ne se contente pas d'alerter. Il appelle à agir.
Selon lui, le droit doit évoluer pour empêcher les acteurs économiques d'amplifier les menaces de certains pays contre la justice.
Ce que les États et l'Union européenne devraient faire
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Activer le règlement de blocage immédiatement. Il existe depuis 1996. Il n'a jamais été utilisé. Le cas Guillou est l'occasion de le faire.
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Investir massivement dans des infrastructures numériques souveraines. Un cloud européen souverain, un réseau de paiement européen, un système d'identité numérique européen. Wero (le nouveau système de paiement européen porté par la BCE) est une piste, mais son déploiement reste limité. 3749
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Imposer des mécanismes de résilience aux banques et entreprises critiques. Exiger qu'elles puissent continuer à servir leurs clients même sous pression américaine.
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Soutenir la CPI diplomatiquement et financièrement. Garantir son indépendance vis-à-vis des fournisseurs de services américains.
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Développer des alternatives aux GAFAM pour les services essentiels. openDesk (Allemagne), Nextcloud (Allemagne), Proton (Suisse), Infomaniak (Suisse) : des solutions existent. Elles doivent être soutenues et promues.
Ce que les entreprises peuvent faire
- Auditer leur dépendance aux fournisseurs américains (cloud, SaaS, paiements).
- Diversifier leurs fournisseurs et intégrer des solutions européennes ou open source.
- Prévoir des plans de continuité en cas de sanctions ou de rupture d'accès.
- Choisir l'auto-hébergement pour les données critiques.
- Sensibiliser leurs équipes aux enjeux de souveraineté numérique.
Ce que vous, citoyen, pouvez faire
- Diversifier vos services. Ne pas mettre tous vos œufs dans le même panier numérique.
- Héberger vos données critiques chez vous ou chez un hébergeur européen de confiance.
- Utiliser des alternatives aux GAFAM. ProtonMail pour les emails, Nextcloud pour le cloud, Signal pour la messagerie.
- Conserver des sauvegardes physiques de vos documents et photos les plus importants.
- Se renseigner sur l'auto-hébergement. Vos données chez vous, sur vos serveurs, sous votre contrôle.
- Interroger votre banque sur sa dépendance aux systèmes de paiement américains et sur ses plans de continuité.
XII. Épilogue : le choix qui nous attend
Nicolas Guillou continue son travail à la CPI. Il n'a pas plié.
« Je vais continuer mon travail, c'est le plus important. Je suis juge dans une juridiction pénale internationale. J'ai prêté serment et je continuerai de travailler comme je l'ai fait depuis le début de mon mandat. » 14
Mais son cas est un avertissement.
« Dans un monde régi par la force, ce sont aux militaires de résister. Dans un monde régi par le droit, ce sont les magistrats qui sont en première ligne et c'est bien pour cela que nous sommes attaqués. » 15
Aujourd'hui et demain
Aujourd'hui, c'est un juge de la CPI qui est privé de moyens de paiement et de services numériques pour avoir appliqué le droit. Demain, ce pourrait être un journaliste, un élu, un lanceur d'alerte, un avocat, un médecin, un citoyen.
Le cas Guillou n'est pas un incident. C'est une révélation. Il met en lumière une vérité que l'Europe a refusé de voir pendant des décennies : la souveraineté numérique n'existe pas sans infrastructures souveraines.
Les données, les paiements, les identités, les communications des Européens sont hébergés, traités, contrôlés par des entreprises américaines. Et ces entreprises obéissent au droit américain, pas au droit européen.
La question
La question que son histoire pose à chaque Européen est simple.
Acceptez-vous que votre existence numérique, vos données, vos souvenirs, vos moyens de paiement, votre identité en ligne dépendent d'entreprises situées à 6 000 kilomètres, qui peuvent vous les retirer sur décision d'un gouvernement étranger ?
Si la réponse est non, il est temps d'agir.
Pour aller plus loin
Cet exemple montre qu'il nous faut des infrastructures et des services numériques souverains. Qu'il faut soutenir et encourager des champions nationaux et européens : cloud (OVHcloud, Scaleway, IONOS), messagerie (Proton, Infomaniak, Mailo), paiement (Wero, CB), systèmes d'exploitation (/e/OS, postmarketOS), stockage (Nextcloud, ownCloud). Chaque adoption compte.
Archibou existe pour accompagner cette transition : audit de dépendance aux fournisseurs américains, déploiement de solutions auto-hébergées (Nextcloud, Proxmox, Yunohost), formation aux outils souverains. Construire son autonomie numérique commence par un premier pas.
Sources
Article rédigé par Archibou. Juillet 2026.
Sauf mention contraire, les propos attribués à Nicolas Guillou sont issus de ses interviews accordées à France 24 (10/10/2025), RTS (15/03/2026), Le Figaro (18/02/2026), Les Échos (18/02/2026), 01net (11/04/2026), ZDNet (28/10/2025) et Le Monde (19/11/2025).
Cet article peut être librement partagé et reproduit sous licence CC-BY-4.0, avec mention de la source.
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« J'ai un peu l'impression de vivre dans les années 1990 ». Les Échos, 18 février 2026. Lire ↩↩
-
« On se sent seul et complètement démuni » : le calvaire d'un juge français de la CPI sous sanctions américaines. Le Figaro, 18 février 2026. Lire ↩↩↩↩
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« Ma vie personnelle est devenue un laboratoire de la perte de souveraineté numérique » : le juge Nicolas Guillou raconte son quotidien sous sanctions américaines à l'Assemblée nationale. 01net, 11 avril 2026. Lire ↩↩↩↩↩↩↩↩↩↩
-
Arnaud Vaulerin. Le portrait. Nicolas Guillou, juge à la peine. Libération, 8 février 2026. Lire ↩
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Pierre Coudurier. Cartes bancaires bloquées, mails suspendus, accès aux États-Unis interdit. Ce juge breton de la CPI dans le viseur de Trump. Le Télégramme, 22 décembre 2025. Lire ↩↩↩↩↩↩
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Situation in the State of Palestine. ICC Pre-Trial Chamber I. Communiqué officiel, 21 novembre 2024. Lire ↩
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Owen Jones. This French judge approved Netanyahu's arrest warrant. Now Trump is targeting him. The Guardian, 26 novembre 2025. Lire ↩
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US sanctions two additional ICC judges and the court's deputy prosecutors. Human Rights Watch, 20 août 2025. Lire ↩
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Visé par des sanctions américaines, le juge français de la CPI dénonce des atteintes à l'État de droit. L'Opinion (avec AFP), 10 octobre 2025. Lire ↩↩↩↩↩↩↩
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Visé par des sanctions américaines, le juge français de la CPI dénonce des atteintes à l'État de droit. France 24, 10 octobre 2025. Lire ↩
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La nouvelle vie compliquée de Nicolas Guillou, le juge français effacé du monde numérique par Washington. RTS, 15 mars 2026. Lire ↩↩↩↩↩↩↩↩↩↩↩↩
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Louis Adam. Sanctions américaines : un juge de la CPI dénonce un déficit de souveraineté numérique. ZDNet, 28 octobre 2025. Lire ↩↩↩↩
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Nicolas Guillou auditionné à l'Assemblée nationale : quelles leçons pour notre souveraineté ? mesinfos/Aix, 18 mars 2026. Lire ↩↩↩↩
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Nicolas Guillou : « Mon quotidien de juge sous sanctions américaines ». Challenges, 24 mai 2026. Lire ↩
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Sanctions américaines : le juge français Nicolas Guillou « ne peut plus rien faire ». Le Parisien, 4 avril 2026. Lire ↩
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Référé-liberté devant le tribunal administratif de Paris. Mentionné dans RTS, 15 mars 2026, et mesinfos/Aix, 18 mars 2026. 1416 ↩
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